LA FIN
Il fait nuit. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, à genoux, pliée en deux, les mains appuyées sur le ventre. Je relève la tête, et je regarde devant moi, je n’ai même plus la force de tourner la tête. La place est déserte, uniquement éclairée par quelques halos brumeux de lampadaires. Une place de petite ville, bordée de maisons individuelles, aucune fenêtre allumée. Pas un bruit, pas un mouvement. Je n’arrive pas à croire que je vais mourir là, que ce soit déjà la fin. Mon esprit se révolte, une voix en moi hurle que ce n’est pas possible. Mais je vois s’approcher de moi, un mur immense aves le mot » fin » écrit dessus. Il s’approche lentement, mais irrémédiablement. Une partie de moi sait que c’est fini. Je pensais que c’était encore plus douloureux de mourir.
Je revois la voiture s’avancer silencieusement sur la place, un homme en sort, un fusil au poing, comme au ralenti, il pointe son arme vers moi et tire. Un seul coup a suffit, je n’ai pas eu le temps de réagir, une balle en plein ventre, c’est tout. L’homme est remonté dans la voiture qui a démarré aussitôt. Il n’a même pas pris la peine de vérifier si j’étais morte. Il savait que personne ne sortirai pour me venir en aide. Il avait raison. La douleur de la balle m’a surprise, très intense, me coupant le souffle. Je suis tombée à genoux, et j’en suis toujours là.
La douleur ne s’est pas propagée, et est même, moins intense, c’est plus un engourdissement. Certains disent qu’on voit sa vie défiler quand on va mourir. Moi, je ne vois rien, rien que ce mur qui se rapproche, et cette certitude que tout est fini. Mon esprit est figé sur cette idée, et ma vue est figée sur la place. Je suis tiraillée entre la révolte et la résignation. Il y a de plus en plus de brume. Mon regard se trouble. La petite voix en moi, qui hurle, s’éloigne. Le mur se rapproche toujours.
Rêve fait en 1977